Le PS menace la France d’un retour de l’Etat-stratège

Par (=S=)

Fruit de deux ans de concertation, le programme socialiste cru 2012 est arrivé. Au milieu des multiples points destinés à flatter tel groupe social sinon tous, à satisfaire tel courant interne ou au contraire à gêner tel petit camarade potentiellement candidat1 , un point a retenu mon attention : la création d’une grande « banque publique d’investissement ».

Ses missions seraient de financer les entreprises françaises sur les moyen et long termes, de stimuler l’innovation (placez du « vert » pour faire de gros clins d’œil aux amis apporteurs d’af… de voix), d’aider à relancer la croissance (vieille lubie d’arriérés productivistes), soutenir l’industrie (qui pollue notre pays), éviter les délocalisations et intensifier les exportations  (les français d’abord !).

Rationnaliser l’interventionnisme déjà existant

Il faut tout d’abord noter que, d’après les théoriciens sans barbe, cette banque ne serait pas une création ex-nihilo financée discrètement en allant trouer un peu plus encore la passoire des finances tricolores, mais qu’elle rassemblerait l’existant en la matière, soit : la Caisse des Dépôts et Consignations (et ses nombreuses filiales), Oséo, le Fonds Stratégique d’Investissement et la Banque Postale2. L’argument latent est compréhensible : prenez des ingrédients qui, seuls, ne servent à rien ou peu – les intéressés apprécieront – agrégez-les, mélangez, mettez au four le temps d’une échéance électorale et Marvous obtenez un met suffisamment présentable pour passer à Top Grand Chef Visionnaire, la future émission peoplitique de M63. Si en plus vous  avez l’intelligence de le packager correctement, d’appâter le chaland dans la rue avec sa bonne odeur, de le renommer d’un nom ronflant et facilement siglisable pour que les mandarins mangent à ce râtelier en se faisant des clins d’œil d’initiés, c’est gagné. Et ce tout en cachant la totalité facture du mieux possible, à moins que vous ne la mettiez sur l’ardoise des descendants, que vous l’envoyiez au camarade Strauss-Kahn qui aime sauver le monde, voire à la camarade Marine qui a beau jeu de faire la leçon à tout le monde sans n’avoir rien d’autre à gérer que son parti aux finances exsangues.

Bref, grâce à cette attèle, la bête à trois pattes qui, jusqu’ici n’a pas marché, ou pas assez bien, puisqu’il faut la rependre en main, va se mettre à jouer les lièvres demain lorsque le PS sera au sifflet. Au pire, si l’animal interventionniste, retors, s’entête à claudiquer pitoyablement, il ne faudra envoyer qu’un seul faire part de décès plutôt que d’aller chercher dans tous les recoins de France les rejetons de l’Etat au clientélisme inutilement coûteux, ça fera de l’économie de paperasse. Rationnel. Comme le fait d’éviter que les membres de ce fabuleux corps social, dont les meilleurs neurones se trouvent à la rue Solférino, ne se tirent dans les pattes comme on le constate si souvent, bien  que les plus belles argumentations de l’Etat tentaculaire reposent sur le fait que Lui-Seul peut pallier les défaillances du marché aveugle.

Pourquoi s’entêter à planifier l’échec ?

Dans l’esprit, le principe auquel participerait cette BPI (clin d’œil) est vieux comme la politique, mais n’attaquons pas la mesure via la rhétorique creuse de l’absence de nouveauté, qui est aussi nulle que le jeunisme. Remarquons tout de même que les mesures nouvelles ont un avantage sur leurs ainées : n’ayant pas encore montré concrètement leurs limites, il faut leur accorder le bénéfice du doute, de sorte qu’elles peuvent faire illusion en attendant l’heure des bilans4. Dans l’autre cas, la charge de la preuve est inversée

Certes il faut être vaniteux pour faire le métier de politique mais les exemples du passé devraient conduire à un peu de modestie et de doute quant à la capacité d’un Etat à planifier un monde plus complexe que le jeu vidéo auquel les positivistes enthousiastes réduisent inconsciemment la réalité. Les russes et leurs multiples plans quinquennaux ont fini moribonds aux pieds du capitalisme qu’ils devaient singer pour maintenir le peu des activités qu’ils géraient et restaient vivantes dans l’Empire (la débrouille et le marché noir – soit l’ordre spontané des peuples – assurant le gros de l’existence) : « des idiots ! » Les chinois ont connu leur essor en pratiquant un capitalisme d’Etat liberticide : « impossible chez nous ! » Jospin a privatisé largement, reconnaissant lui aussi, de facto,  la supériorité du polycentrisme sur la direction centralisée des activités humaines : « du passé ! », semble nous dire la génération qui était alors sous son aile. Villepin a remplacé le Commissariat au Plan par le plus modeste Centre d’Analyse Stratégique : « un flambeur sans coffre », s’entête encore de concert l’école autruchienne encore la tête sous terre mais soucieuse de la relever en 2012.

Pourtant, le temps du politique est surtout celui de la réélection, de l’alternance des majorités politiques qui peuvent faire aller à hu et à dia des projets ayant besoin de stabilité. Les entreprises n’appartenant pas aux décideurs (para-)étatiques leur implication peut-être moindre, et leur responsabilisation des plus relatives, comme en atteste les errances des politiques américaines à la base de la crise de 2008. Une stratégie est aussi le terrain de jeu où l’idéologie, le clientélisme, l’arrogance nationale (se souvenir du Minitel…) jouent à domicile.  Et puis, puisque le mot banque est lancé, il y a le précédent du Crédit Lyonnais… dont émergent des noms comme celui de Bernard Tapie (un ex-visionnaire encarté dans la Fraternité des Grands Stratèges) ou Bernard Trichet (encore membre des Guides des Peuples). Sur le son d’un piano triste, le grand corpus socialiste, malade de ne plus être au pouvoir slame : Ayez l’air sûr, camarades / si nous y croyons tous ensemble à la fin du cauchemar / aux lendemains des embrassades / cette fois ça va chémar !

Bon, revenons sur Terre. Fruit de deux ans de concertation sans inspiration, le programme socialiste nouveau est arrivé. Il a un goût de banane, de dirigisme déjà-vu, et de vase vendéenne. Certes, ils nous en veulent encore pour 2007, mais on ne mérite pas ça. Alors, si on mettait en bouteille ce fleuron de la pensée industrielle et qu’on l’envoyait aux japonais avec un bataillon de plombiers polonais-qui-nous-menacent pour reboucher leur centrale nucléaire et des cartons de beaujolais pour qu’ils oublient ? Après tout, en bon sociaux-nationalistes, on ne peut que vouloir du mal à ces concurrents étrangers même pas européens !

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  1. Qui pourra toujours s’asseoir dessus, l’oublier sélectivement une fois élu, voire lui préférer une grande concertation participative avec fra-ter-ni-té !, c’est dire que ce programme n’a pour seule utilité que d’essayer de montrer que l’encéphalogramme de la pensée socialiste n’est pas désespérément plat… []
  2. Rappelez-vous que la France a « relancé » son économie, regardez tout ce que gèrent la CDC et ses filiales, ou l’étendue des entreprises où le FSI et l’Agence pour la Participation de l’Etat interviennent. Vous n’avez pas envie d’assommer le premier venu qui vous parlera d’Etat ultralibéral ? Mais n’allez pas plus loin dans l’enquête, vous en deviendrez malade. Voire libéral, ce qui est très très mal ! []
  3. Si vous préférez le pavé de relance déstructurée « à la Sarkozy », accompagné de sa sauce miel-vaseline (fabriqué en France par des blancs chrétiens) et de son succulent coulis de com’ que vous a cuisiné Philippe Devedjian, tapez 1. Si vous préférez le sandwich prolétaire à l’algue verte, qui est aussi dégoutant qu’un burger patriotique Quick possédé à 95% parla DCD, pardon, la CDC, mais fabriqué par une gentille jeune mère sans papier noire lesbienne qui apprend à lire le soir (bien qu’elle ait le Bac) et ce afin de comprendre le Capital et d’échapper ainsi à l’oppression capitaliste qui l’empêche d’être l’artiste qu’elle voudrait être, la pauvre, tapez 2. Télé-réalité, remède à l’abstention ? []
  4. Lorsqu’ils ont lieu… []

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