Etripe de France : la chasse au traitre a commencé

Par (=S=)

L’Anelklash tombe bien. Pour L’Equipe tout d’abord, qui avec le titre tapageur de sa une d’hier savait qu’il allait provoquer quelque chose, un émoi populaire, une décision, de bonnes ventes, un gros coup de pub et le début d’une série de l’été (deux jours avant la date) dont on regrette déjà qu’Alexia Laroche-Joubert ne l’ait pas pris en main. Ça aurait été un Dilemme spécial bleus, de la bonne junk TV avec tous les ingrédients du succès : des beaux gosses, leurs femmes, des engueulades, un suspens comme trame pour servir d’alibi au jeu, histoire de faire tous semblant de s’intéresser au fond alors que tout le monde sait bien que le seul intérêt de l’émission réside dans les petits moments d’érotisme sur commande qu’on sent déjà pointer. « Raymond : tu préfères faire jouer Henry en attaque ou qu’Estelle Denis, nue, défile dans l’hôtel ? »…, pas de besoin de donner des idées à ces gens-là ils en ont à revendre (et chers !). Et en tout cas, pendant ce temps-là, on ne parle pas ballon. Tant mieux, quelque part. Que faudrait-il en dire de plus de toute façon ? Qui arrive encore à regarder un match de cette équipe en entier ? Bref, à défaut de voir du sport sur le terrain, le quotidien le plus lu de France crée l’action dans les coulisses et si TF1 se dépêche ils pourront peut-être compenser leur perte de revenus publicitaires suite à l’élimination rapide du coq gaulois, en lançant un Secret Story improvisé  : « si tu penses que le traitre est Valbuena qui l’a dit à sa femme, qui elle-même le trompe avec un journaliste : tape 1 ; si tu penses que c’est Lloris qui a téléphoné à Landreau qui s’est bien vengé : tape 2 ». Le Cluedo tient un filon pour renouveler sa vielle formule toute surannée, ou voilà qu’avec cette traitrise et si on avait été argentins, on aurait pu clouer Messi au pilori, et une nouvelle secte naissait ! Mieux que l’écologie, la société du spectacle sait tout recycler et zut à ceux qui s’en désolent.

Elle tombe bien pour Domenech, aussi. Chahuté par la génération France 981, notamment avec la main invisible de Zidane apprenti-sélectionneur par joueurs interposés2, manquant de crédibilité depuis son remplacement anticipé par Laurent Blanc, avant même le début de la compétition, il ne sert plus à grand-chose sinon à essuyer les plâtres, les critiques et maintenant les injures, et semble avoir si peu de pouvoir que l’on pourra toujours lui trouver des excuses pour ces trois matchs-là.

Et puis pour les joueurs aussi. Anelka quitte le navire avant qu’il coule : il aura un canot de sauvetage pour lui tout seul, lorsque les autres devront se les partager. Il s’excusera : « j’ai pas dit “fils de pute”, mais juste “gros con”, ça va, quoi, et je l’ai même pas regardé dans les yeux… ». Il mettra une coquille sur la tête, prendra sa retraite internationale juste avant qu’on pense, à 31 ans, à ne plus le sélectionner, et a déjà un chapitre tout fait pour l’autobiographie qu’il ne manquera pas d’écrire lui même tout seul avec les quelques 500 mots de vocabulaire qu’il possède. Qu’on l’oublie d’ici-là. Evra et Ribery vont tyranniser les autres profitant de leur fin de règne dans l’anomie ambiante, en attendant que Blanc installe son protégé de Bordeaux comme leader revanchard d’une équipe largement rebâtie, et ait suffisamment de poids pour s’imposer y compris auprès de ses anciens partenaires devenus eux aussi consultants ou entraineurs. Reste juste un truc : si, mardi, on pouvait laisser gagner les Bafanas-Bafanas, on aurait au moins fait des heureux et une B.A. lors de cette Coupe pleine jusqu’à la lie.

Les politiques, bien accablés ces derniers temps avec des affaires honteuses de retraites versées à des ministres en activité, de fumeurs de cigare à 12 000€ dont 8500€ au frais du contribuable, de missions bidons à 9500€ / mois plus quelques menus avantages, et même l’auteur du fameux « cass’toi pôv con ! », peuvent ainsi se faire une petite virginité en donnage de leçon. Besson respire, on va l’oublier. Rama Yade, elle, a déjà tiré sa seule cartouche en l’air, et sera hors jeu ; mais Dieu sait que les remplaçants ou poseurs sélectionnables sont nombreux sur les bancs de touche de l’Assemblée nationale, du Sénat, et même celles et ceux qui sont au ban de leur parti. Manque de bol, si on trouve des boucs émissaires avec une facilité déconcertante en cas de déroute, ils ne pourront pas profiter d’un parcours honorifique des bleus pour surfer sur la vague de la victoire comme Chirac en son temps. Et puis la vague varoise est passée trop tôt, ils auraient pu enfourcher leurs bottes, aller serrer la main du populo meurtri les pieds dans la gadoue le temps d’un passage au 20h, et puis la clémence sans borne des administrés aurait encore passé l’éponge sur leurs quelques onéreuses incartades. « Mais quand même, ils sont si dévoués, si proches de nous »… bah, tiens.

Celui qui fait les coups par derrière...

Celui qui fait les coups par derrière pendant la Coupe, n'y coupera pas...

Et puis, finalement, avouons que nous tous aimons ça. Quitte à partir la tête basse, autant détruire le joujou jusqu’au bout, avec une morbidité ludique. Ça serait un grand Hellfest national où on aurait le droit de détruire les instruments à la fin du concert, yeah, rock ‘n roll ! Alors que ça va flinguer sec à Fort Alaramasse à la recherche du vilain petit cafard qui a balancé, les addicts des paris en ligne attendront que leur site préféré siffle le début de la partie. Les enjeux ne manquent pas :

  • Gourcuff va-t-il se faire casser la gueule ?
  • Aura-t-on une interview d’un kiné dans quelques jours qui raconte sa version des faits à Match ?
  • La France marquera-t-elle seulement un seul but dans cette compétition ?
  • Verra-t-on un sourire sur le terrain, mardi, côté bleu ?
  • Villepin peut-il présenter une équipe de France bis comme Geneviève de Fontenay va présenter ses miss bis ?
  • A-t-on le droit de proposer de reverser l’argent de primes qui ne nous appartiennent pas à des causes de notre choix (presque un sujet du bac, ça…) ?

Profitant de l’aubaine tout le monde peut régler ses comptes avec le pays. Pour les uns c’est bien la preuve (oui, oui, la preuve !) de l’échec du multiculturalisme, la fin de l’illusion black-blanc-beurre, et on ressort le nazislamisme (Anelka et Ribery ils sont musulmans, hein, tu vois ?), l’apéro saucisson pinard interdit, et mon voisin chinois qui fait chier, et va s’y que je te démontre que la France est au bord de la guerre civile ! Lorsque ce gentleman d’Eric Cantona avait sous-entendu en 1988 que le sélectionneur de l’époque était un « sac à merde », il pensait se convertir à l’Islam. CQFD. Pour les autres c’est l’échec du socialisme, la déréliction d’un système qui ne sait pas sélectionner les plus méritants et donnent une prime à ceux qui font le plus peur, à la clientèle la plus visible, et va s’y que je t’échafaude une théorie de la déréliction hexagonale que même Zemmour il aurait pas osé. Donc si le Brésil gagne 2-1 contre la Corée du nord c’est que la social-démocratie ça vaut deux fois le communisme.  Et pouf, amis économistes, si vous savez pas vous demandez ! Les amis de Dieudonné cherchent déjà auprès des Mormons quelques ascendances juives aux joueurs, et si ça pouvait être Gourcuff ce serait parfait : un Judas sioniste breton ça ferait une victime expiatoire bien originale, du martyr avec une bonne bouille bien vendable comme les t-shirts de Che Guevara, et puis c’est bien connu que derrière tout match perdu se cache un sioniste. Plein de petits pseudo-Aristote à la sauvette accusent quant à eux l’argent, l’individualisme, l’ultralibéralisme qui a touché le foot, en récupérant le canevas facile qui leur sert à expliquer à peu près tout ce qu’ils veulent. Ahaha, Anelka ne trouvait pas ça très bien de se faire dépouiller par le Fisc de la plupart de sa richesse gagnée avec ses pieds et son image − « vous voyez, pourri par l’argent que j’vous disais !, c’est normal qu’il se comporte en narcissique gâté et égoïste ! ». Donc quand une équipe de pays riche gagne « c’est normal, ils sont vachement plus friqués », et s’ils perdent, « c’est normal ils sont pourris par la cupidité maladive du système économico-politique qui dénigre leur vraie nature humaine ». CQFD et venez jouer mon bon monsieur on gagne à tous les coups ! Haine de soi, métissage, peur de gagner, pas assez de bisous, trop de fessés, instinct nihilisto-vichyste, dette trop lourde et crise, maillots, médias, climat africain, vuvuzuelas et problèmes auditifs, trop de Playstation dans les chambres des joueurs trop luxueuses, arrogance, fallait prendre Landreau et Benzema, 4-2-3-1 ou 4-3-3 : prime à la théorie la plus sympa et possibilité de tenter des combinatoires – éclatons-nous.

Laissant chacun à la rumination de ses obsessions, on pourra se consoler en se disant que l’équipe de France bis, l’Algérie, est d’ors et déjà éliminée. Ainsi, on va pouvoir s’éviter la dernière polémique potentielle qui menaçait cette Coupe du monde vue de France en cas de manifestations de joie un peu trop bruyante de la part des algériens ou français d’origine algérienne si les Fennecs avaient réalisé un bon parcours. On va donc pouvoir regarder du foot simplement en esthètes détachés, pour la beauté du jeu, suivre la saison des transferts en club et souhaiter bon courage à Laurent Blanc pour la suite : il va être à la tête d’un truc bien plus important qu’il n’imagine !

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  1. Qui, selon Liberation.fr, tirent encore quelques manettes au sein du team dégroupé – mais toujours aussi bas débit question buts… – même si son dernier représentant est sur le banc []
  2. Comme un dernier coup de boule à une équipe dont il avait largement contribué à assurer le renom ? []

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