Bleu blanc baise : comment j’ai passé l’arme à droite
Par (=S=)
M’occupant de ce webzine ce matin, voici que je découvre dans un des bandeaux de publicité sur lequel je vous invite à cliquer de temps en temps lorsqu’une annonce vous intéresse1, une publicité pour un site de rencontre « de droite ». Pour moi qui en a marre de la facilité, qui ne supporte plus de débiter quelques niaiseries convenues sur la « justice sociale », la « solidarité » ou encore de critiquer les riches pour séduire des collectivistes peu farouches en leur montrant patte blanche et cerveau bien rouge, voici l’occasion rêvée de relever de nouveaux challenges et varier les plaisirs… sachant que le plus grand moment orgasmique de ces rencontres est de partir le matin de bonne heure en laissant sur la table de chevet un exemplaire de La route de servitude avec une dédicace proposant à la jeune demoiselle qui m’aura fait l’honneur de ses charmes, un moyen de me faire le plaisir d’une conversation un peu plus éclairée si par hasard nous étions amené à nous recroiser. Et puis c’est difficile de trouver des filles qui se disent volontiers de droite en soirée ! Etre jeune et conservateur paraît tellement incongru, comme un oxymore, que pudeur ou honte masquent souvent cette tare, lorsqu’un jeune de gauche n’hésitera pas, lui, pas contre à te claironner ses idées sous le nez avec son haleine chargée d’alcool, même s’il ne débite que des clichés guignolesques et des slogans creux. Bref à défaut de vouloir « changer le monde », je vais me changer de changement en quittant celles qui voulaient « changer la vie » et échanger un peu avec elles en espérant vite le plus d’affinités sans autre fin.
Emoustillé, donc, par l’idée de pouvoir enfourner ma vile pine dans de la sarkozyste encore illusionnée, de copuler avec une fille pas Copé rétive pour un sou, de pouvoir mettre le feu à une horde de folles, de baiser des bessonnettes, de soulever des jupettes, d’enfiler coup sur coup des Mauricette à gros portefeuille, ou encore de déculotter des filles honnêtes2, je me précipite donc sur le site3.
Prise de contact. J’arrive sur la page d’accueil et tout de suite me voici appelé par cette fille en chemise bleue et décolleté engageant qui me regarde droit dans les yeux, pendant qu’à côté d’elle un type à l’air coincé et probablement peu dégourdi promet une concurrence peu adroite. Tout autre est la variante de gauche du site, ou la nana, belle comme un merlan frit et regard coquin vers son côté préféré en politique, porte un t-shirt immaculé et que le mec derrière elle, bobo individualiste de la gauche caviar germanopratine, avec son petit regard en coin et ses allures de rebel s’apprête déjà à rouler les mécaniques pour m’empêcher d’arriver à mes fins.4 Et puis un petit tour rapide sur l’incontournable Facebook m’apprend vite que la version droitière du site marche mieux que la sinistre. Bah oui, en même temps c’est pas étonnant, sont cons Phoenix Corp, les sites de rencontre de gauche ce sont les manifs, le bitume chaleureux de la lutte sociale, les tractages fraternels et la solidarité en acte et en chansons, pourquoi qu’ils mettraient tant d’empressement à se réunir, sinon ?
Je reste donc définitivement sur mon idée d’aller chasser dans l’univers de la majorité présidentielle (ou umpie) et clique pour m’inscrire.
Inscription. Et là j’avoue quelque étonnement. Déjà, pour le type de relation recherchée on ne peut peut pas choisir « bourrage d’urne pour un soir » ou « alliance de second tour sans lendemain », mais des très classiques : « amitié », « mariage », ou « rencontres ». Va pour « rencontres » en espérant ne pas tomber sur une casse-couille prolixe qui me parlera de son programme pour sauver la France, juguler la décadence, remettre les fainéants au travail et rendre à la France ces vraies couleurs, … sans le bleu ni le rouge de préférence (nationale – au fait, d’ailleurs, l’extrême-droite est bienvenue ou pas ?). Puis me voici sommé de choisir mon origine. Puisqu’elle n’est pas « marocainne » (sic), ni tunisienne, ni algérienne, ni même « métisse »5 et que je ne peux pas choisir ni « de souche » ni « occidentale » ni « polonaise » – avec profession plombier, j’aurais fait fureur !6 -, va pour « européenne ». Pays : j’hésite entre France et Italie, vu ce que Silvio recrute… bon, va pour France, au moins nous pourrons parler un peu. Puis région. Comme je suis un petit déconneur, je choisis l’Auvergne afin de voir s’ils ont bridé le quota d’auvergnats (ben oui, souvenez-vous, parce que quand il y en a qu’un ça va, mais plusieurs….). Non ça va, ou alors je suis le premier. Me décrire physiquement : grand, beau, musclé, comme d’habitude, et silouhette (re-sic !) « normal » (sic encore !), jamais marié. Quelle profession choisir ? J’hésite entre un provocant « intermittent du spectacle à la recherche d’emploi » (comme Doc Gynéco, quoi !), auto-entrepreneur (pour dire merci à Hervé Novelli), pour finir par prendre un kit « patron, belle voiture, bon salaire » qui facilitera les premiers contacts. Reste à en dire un peu sur mes goûts et ma « meilleure boisson », « meilleur endroit », etc. (on dit pas boisson préférée, etc. en vrai gaulois, les gars ? Pourquoi tant mépriser la langue de votre patrie, gredins ?). Je laisse tout en blanc, gardant ça pour les séances de chat, ça fera une première accroche…
Et les tendances ? Page suivante, et là quel n’est pas mon étonnement ? Pas même la suite du formulaire pour définir sa tendance, si je suis de l’extrême ou du centre-droit, plutôt villepiniste ou sakozyste. J’aurais bien imaginé une rubrique comme quel type de sympathisant êtes-vous ? Plutôt Steevy Boulay, Faudel, Christian Clavier, Luc Ferry, Mireille Mathieu, Gilbert Montagnier, Johnny Hallyday, etc. ? J’aurais pu alors mettre un joli « Jean-Marie Bigard » en espérant qu’elles comprennent plus l’allusion au lâcher de salopes que la visite au Pape, ou un Mickael Vendetta et sa bogossitude décomplexée, histoire qu’elle comprennent que je suis plus « bien gaulé » que « bien gaulliste » et pas là pour sortir la France de la crise mais pour rentrer … pardon, je m’égare, je m’impatiente. Il faut se décrire… merde, encore. Bon allons-y : « Je hais les fonctionnaires, je voterai UMP pour les régionales, j’aime travailler plus pour gagner plus, j’ai envie d’être un bon père de famille, suis bon chrétien tout en étant ouvert et pas coincé
, et j’ai très envie de rencontrer des gens bien qui partagent les mêmes valeurs que moi », et voilà, simple, efficace, et neutre.
Et c’est parti, à moi les bleues !
[A suivre...]
- De rien ! La Catallaxine aime relier les gens ! [↩]
- Après ce festival du jeu de mot graveleux, je vous vois venir : non, si je n’ai rien contre les coups bas, mais c’est toujours par devant et laissez le pauvre premier ministre hors de tout ça ! [↩]
- Où il m’arrivera peut-être de draguer sans le savoir Chloé Leprince de Rue89 [↩]
- Dommage qu’il n’existe pas ecolo-rencontre ou quelque chose comme ça, on aurait pu avoir une fille plate habillée comme un sac, une fleur à la main, décoiffée et pas rasée, pendant qu’un rasta en bretelle la seconderait en train de lire La décroissance et fumant un joint d’herbe bio. [↩]
- Sympa l’origine, je ne sais pas où se trouve la grande république du métissage chère à l’ami Zemmour, mais si t’es sage, bien sûr que tu pourras me présenter à tes parents, je suis « normal », blanc, quoi… [↩]
- Quoi c’est une image de gauche ? Le « patriotisme économique » c’est pas ce galopin de Galouzeau des faux listings qui a lancé le mot ? [↩]





5 mars 2010 à 16 h 53 min
En gros, après le « ma bite est bio » de Stéphane Guillon (www.youtube.com/watch?v=50rYWtikmps), ta bite est bleue et adroite, c’est ça, (=S=) ?
5 mars 2010 à 16 h 58 min
Exactement !
Moi aussi j’ai envie un jour d’aller au salon de l’agriculture et de pouvoir prendre une cochonne dans les bras en disant : « elle me rappelle quelqu’un »…
19 avril 2010 à 22 h 03 min
La suite !
23 avril 2010 à 22 h 27 min
Quand on se dit libéral, on évite de confondre et se confondre avec les socialistes de droite
3 mai 2010 à 18 h 57 min
La suite arrive, je suis en train de la vivre. Patience !