Je n’ai pas trahi mon idéal socialiste en devenant libéral

Par (=S=)

… je l’ai pleinement compris, englobé dans quelque chose de plus large, de plus profond, de plus solide.

Les amis de Liberaux.org ayant lancé sur le forum un fil où chacun raconte comment il est devenu libéral, je me lance dans ce récit que je couvais depuis quelques temps déjà, en me disant que peut-être d’autres se retrouveront dans ce portrait et n’auront pas hontes à leur tour de mettre un mot – « libéralisme » – sur des idées qui sont les leurs, et qui ne sont pas les caricatures dénaturées, souvent bêtement dénigrées par des intellectuels prouvant par là-même qu’ils n’échappent pas aux préjugés de l’homme du commun, bien qu’ils se sentent parfois si loin de lui…1.

Chirac et JospinJe n’étais pas encore majeur mais à gauche, naturellement, pour moi. Naturellement, dis-je car sociologiquement, venant de la petite classe moyenne tout juste sortie des lieux les plus sordides pour des quartiers plus sûrs, d’une part, et petit-fils d’immigrés, de l’autre, c’était le Parti Socialiste qui nous tendait les bras. La menace Front National m’amena à prendre ma carte au MJS, les jeunes du Parti qui ne sont pas la simple chambre d’écho des grands parce qu’indépendants et même qu’ils peuvent de temps en temps s’opposer à eux parce qu’ils sont plus à gauche que leurs ainés, bref.  C’était en 1997, Chirac avait dissous l’Assemblée avec le succès que l’on sait, et Lionel Jospin menait la barque du pays avec Catherine Trautmann – alors à la mode2 – à ses côtés. Celle-ci s’était faite une réputation en organisant une grande manifestation contre les fascistes du FN, à laquelle je m’étais rendu en stop, rebel et courageux, heureux de faire partie de la lutte historique contre ce péril national qui menaçait de nous faire basculer à nouveau dans les heures les plus sombres de l’Histoire. A cette époque François de Closet écrivait le Compte à rebours (c’était foutu !), le réchauffement climatique « n’existait » pas encore mais il était précédé par un trou dans la couche d’ozone occupant alors les esprits, et un ou deux ans avant le bug de l’An 2000 qui devait s’avérer n’être qu’une vilaine farce humiliant aujourd’hui encore tous ceux qui se sont alors pris à paniquer, le Diable s’était tout entier incarné dans ces gros cochons de Bruno Maigret et l’ex-borgne Jean-Marie Le Pen. Le sud-est (Vitrolles, Orange, Marignane, Toulon) s’enfonçait déjà, la Patrie était en danger. Pendant ce temps, les socialistes européens s’interrogeaient sur leur identité et alors que Gerhard Schröder et Tony Blair promouvaient le social-libéralisme3, les socialistes français s’en démarquaient, épousant « l’économie de marché » pour mieux se distinguer d’un modèle qui créerait une « société de marché ». Le Manifeste Blair-Schröder m’avait séduit, et si je sentais que le PS avait une sorte d’attirance refoulée pour ce courant (du moins l’aile majoritaire « hollando-jospino-strausskahnienne »), si Laurent Fabius s’en disait proche4, se dire blairiste à l’époque (sans vouloir forcément s’inscrire dans le groupuscule sectaire fabusien) vous conduisait à affronter des regards étonnés, des reculs gênés, voire des interrogations explicites : « qu’est-ce que tu fous à gauche ? Blair, c’est la droite en France ».

Jusque-là tout pouvait encore aller, je composais avec mes divergences, et m’inscrivais, faute de mieux, dans le courant majoritaire tout en soutenant comme je pouvais, au sein des socialistes de l’Est français, Jean-Marie Bockel (et sa motion ultraminoritaire). Ce dernier avait sorti un livre – La Troisième gauche. Petit manifeste social-libéral – avec lequel j’étais en plein accord et qui comportait quelques bonnes pages où le maire de Mulhouse (pas encore rallié, par dépit, au sarkozysme d’ouverture) pointait du doigt la schizophrénie du PS. J’avais bien vu ce double discours à l’œuvre lors, entre autres, de la campagne des européennes en 1999, lorsque je pestais, en européen convaincu, du fait que François Hollande mène la campagne du parti, lui qui n’avait rien fait au niveau européen, rejetant au second rang les vrais pro-européens actifs, comme Pervenche Bérès, femme de l’ombre. Je me vois encore m’avancer vers Hollande lors du pot d’après meeting, chef de fil pour qui j’étais allé tracter, coller des affiches, avait écrit des articles dans les canards militants, l’ex-compagnon de la future finaliste vaincue des élections présidentielles françaises5, de siéger à Bruxelles et de s’attacher à faire connaître dans l’opinion publique le travail des institutions européennes6. « Bien sûr » me jura-t-il ; j’appris quelques temps après ce que vaut la parole d’un politicien.

génération pacsPendant ce temps, les thèmes qu’on nous demandait de développer (kit de propagande à l’appui) chez les jeunes socialistes était plutôt centrés sur les mœurs, Jospin ayant eu l’habileté  d’y concentrer l’attention pendant qu’il reculait sur la réforme des retraites ou autres potentielles épines dans le pied qu’il préférait ne pas attaquer de front. On passait aux 35h pour « changer la vie » et sortir de la civilisation du travail-torture (tripalium), on privatisait, mais tout cela était secondaire pour la jeune garde : c’était les esprits qu’il fallait faire évoluer car le Pacs et la parité étaient les grands chevaux de bataille face à l’ordre rétrograde, aux bourgeois et aux curés. Manque de chance, outre mon blairisme affiché, je n’étais pas d’accord avec les deux projets. Pour le premier je ne voyais pas en quoi nous gagnerions à renverser le sens de la violence symbolique, s’il fallait, à rebours de « 2000 ans » d’homophobie, normaliser l’homosexualité dans la société française, et imposer, par sa reconnaissance-même, ce nouvel ordre à tous ceux, dont les catholiques traditionnels7, qui ne voulaient pas reconnaître l’homosexualité comme quelque chose de « normal ». Je n’avais pas plus qu’aujourd’hui d’affinités avec les religieux, mais je ne voyais pas ce qu’il y avait de grand et de progressiste à leur renvoyer la balle, dans une Loi du Talion que nous sommes censés avoir dépassée depuis quelques siècles déjà… Puisqu’il était impossible de ne pas choisir un camp contre l’autre, et si donc l’Etat ne pouvait pas arbitrer sans prendre parti, il devait donc ne pas se prononcer sur la question : le Pacte d’Intérêt Commun (PIC) avait alors mes faveurs puisqu’il permettait de faire l’économie de la question du couple en permettant à n’importe qui de signer un tel contrat avec une personne de son choix (les fratries pouvaient donc le signer, un petit-fils et sa grand-mère, etc.), simplement pour réduire les frais d’un logement commun.
De même pour la parité : outre l’injustice qu’il y aurait à refuser des hommes au nom de quotas idiots8 et en contradiction avec l’égalité légale des droits de l’Homme, les américains s’étaient déjà essayés à ces expérimentations qui jetaient le doute sur toute personne discriminée, la réduisant alors à l’état d’inférieur que l’ordre phallocrate et/ou blanc et/ou riche, en sa sublime générosité, devait aider. Belle façon d’abaisser encore. L’instrumentalisation des jeunes des cités, qu’il fallait aussi aider – incapables de s’en sortir par eux-mêmes, même si on leur en laisse les moyens, bien entendu – m’apparut aussi marquée par ce même despotisme soi-disant éclairé, qui n’était et reste à mes yeux rien d’autre qu’une forme de néo-machisme / colonialisme / catholicisme social fardé de bonnes intentions.9

Jeunes socialistes en traine voter en AG

Jeunes socialistes en train de voter en A.G.

Arrivé un peu par la force des choses à un poste dans le mouvement des jeunes chiots du Parti, mouvement miné par les querelles intestines d’une violence aussi étonnante que les enjeux de pouvoir étaient extrêmement minimes à notre échelle10, je refusais de me déplacer jusqu’à Paris pour me retrouver totalement isolé dans l’assemblée des représentants départementaux, préférant envoyer une lettre au président du MJS, Gwenegan Bui, lui expliquant mes points de désaccords avec les projets-phares de l’époque. Lettre à laquelle il répondit en quelques pages dont la teneur se résumait très clairement (et presque mot pour mot) à l’idée que je ne pouvais pas « avoir raison tout seul », et qu’en gros j’avais tort parce que j’étais politiquement minoritaire. – J’ai redécouvert ce jour-là ce que c’est qu’être un individu : ils pouvaient bien tous se tromper et ne pas m’ôter, aussi nombreux soient-ils, le sentiment que j’avais raison.

C’est pourtant un autre camarade qui me poussa dans les bras du libéralisme, du vrai. Nous discutions lors d’un regroupement régional, d’une mesure prise par une ville qui avait payé des animateurs (emplois-jeune ?) pour raccompagner chez eux, après les soirées en boite, les jeunes trop alcoolisés pour prendre le volant. Il trouvait l’idée géniale et voulait qu’on en demande l’importation par chez-nous – je ne voyais pas pourquoi le contribuable du coin devait payer pour quelques jeunes pas capables de s’organiser et d’en sacrifier un pour la soirée, qui aurait pour tâche de les rentrer. Responsabilité : l’idée était là, je ne sais même plus si j’avais prononcé le mot – ce fut la première fois que je me fis traiter (injurier devrais-je dire, en fait !) de « libéral ». Moi qui était habitué à lui accoler un « social- » devant je ne trouvais pas ça très dur comme quolibet, mais plutôt intrigant. J’étais un libéral ? Pour moi le libéral était un être sans cœur, avide, inconscient des dégâts qu’il faisait, bref j’en connaissais l’image d’Epinal qu’en donnaient Le Monde diplomatique, les « anti- » puis « alter- »mondialistes en voix de formation (Seattle en 1999 fut leur premier fait d’armes), grands blablateurs devant l’Eternel qui à part la Taxe Tobin défendue par Attac (qui s’en souvient encore de ceux-là ?) n’avaient pas grand-chose de concret à proposer… Libéral ? Soit, je prenais alors au mot mon détracteur et allait sur Internet essayer de trouver qui étaient ces libéraux dont je faisais soi-disant partie. Quant à savoir, autant commencer par le plus extrême, le nec plus « ultra » et quelques temps après je terminai avec La route de la servitude de Friedrich Hayek entre les mains, cet espèce de fou qui voulait dénationaliser la monnaie, prix « Nobel » maudit, figure honnie des philosophes bienpensants comme des économistes mainstream.11. Déjà le livre m’était adressé : « aux socialistes de tous les partis ». Ça commençait bien, il l’avait écrit pour moi.

Hayek CatallaxiaorgTerminant les quinze chapitres de cet ouvrage de 1944, je compris que je ne croyais pas si bien dire. La tragédie des hommes de bonne volonté, le double discours que l’on tient aux militants de base (chair à tracter, citoyen-couillon, cercle exotérique de la secte politique) et ce que l’on dit dans les alcôves du Pouvoir, les conflits inextricables des échelles de valeurs et l’impossibilité de se mettre d’accord sans que ce ne soit les plus forts qui gagnent (loin d’être toujours les meilleurs à défaut d’être toujours les pires), la violence du politique et comment on finit par défendre des gens à l’insu de leur volonté, les haïssant par moment de se voir si mal récompensé des efforts que l’on fait pour eux : tout ceci je le voyais à l’œuvre, à tous les niveaux, au sein du parti auquel j’appartenais. D’un autre côté je lisais un discours développant l’idée d’égalité devant la loi, de non-imposition d’une échelle de valeurs sur une autre, de non-intervention dans l’économie pour laisser faire le marché bien plus apte à coordonner les activités des hommes que ces assemblées contradictoires, cours suintant d’envie et de rancunes, leurs querelles discursives et les béquilles inutiles qu’elles appellent des solutions politiques, elles-mêmes balayées comme de vulgaire déchets par la majorité suivante, et tout ça avançant à hue et à dia dans une cacophonie ploutocrate et mafieuse. Les emplois-jeunes devaient donner un coup de pouce pendant 5 ans au marché, en lançant des emplois novateurs qui seraient alors indispensables et ainsi rendus viables et pérennes… au lieu de cela je ne voyais que postes proches de l’inutile, absolument pas novateurs, occupés par des personnes bien contentes d’en profiter et réclamant déjà l’institutionnalisation de ces emplois aidés. Peu gênés de se contredire, ces jeunes porte-drapeaux du socialisme, qui avaient affirmé main sur le cœur que ce serait 5 ans et pas plus, emboitaient aussi le pas à ses revendications… clientélisme, oblige. Pour ma part, j’enchaînai sur le Capitalisme utopique de Pierre Rosanvallon, auteur non-libéral, et fus subjugué par les pensées de Mandeville et de Smith, alors que j’aurais dû être amené à regarder leurs pensées comme de doux rêves. Oui j’étais libéral, et plus besoin de rajouter social, puisque ce n’est qu’une redondance inutile12, j’avais la chose en tête durant toutes ces années, voilà  que j’en avais désormais le mot, clairement.

Le Leviathan hobbesien

Le Leviathan hobbesien

Alors leur querelles de clochers, courants, egos, partis, eurent de moins en moins d’intérêt pour moi : je découvrai tout ce continent de pensée, cette terrae incognita bien plus grande que je ne le croyais, riche, très éloignée du désert d’extrême-droite auquel on l’amalgame parfois. L’internationalisme ? Libéral : l’être humain n’a pas de frontières, la catallaxie se fiche des langues, des couleurs, des mœurs, temps que par le commerce les hommes peuvent échanger des biens, et plus si affinités. Les socialistes n’étaient que des égoïstes collectifs13, la défense contradictoire d’intérêts incompatibles, la quadrature du cercle et gymnastique acrobatique pour jouer avec un réel qui ne rentre malheureusement pas dans les cases trop simplistes de leurs théoriciens.
La justice ? Libérale : un ordre décidé par personne mais résultant de la somme des besoins et envies de tous, ne punit ni ne rétribue selon l’arbitraire d’aucun despote. Face à l’arrogance de ces gens qui tous croient savoir mieux que vous, pour vous, sans vous, et tous différemment, d’ailleurs, bizarrement puisque c’est si évident, je découvrai l’humilité en politique. On pouvait être homosexuel ou hétérosexuel, religieux ou athée, développer tel ou tel art, loisir, etc. sans devoir justifier socialement ce choix, il n’y avait plus de modèle, de canon, de credo, de mortification bienveillante qui vous intimait d’être un bon citoyen, conforme à ce que l’on attend de vous ; la vraie tolérance et non pas celles de chantres autoproclamés qui acceptent des microdifférences formatées et criminalisent les déviances au nom de je ne sais quelles idées qu’ils pervertissent. Je découvrai des gens responsables et non des assistés revendicateurs, collectivistes toujours en train de regarder dans votre assiette si vous n’en avez pas trop, si c’est assez salé, si vous mangez comme il faut à l’heure qu’il faut et en partageant votre repas avec le sourire et fraternellement s’il vous plait (et si pas tant pis), faute de quoi vous preniez une belle remontrance citoyenne ou une juste imposition dans la tronche. Quand on daigne vous laisser cette assiette qui ne vous appartient pas, mais est un prêt gracieux de la société (et dis merci, petit con d’ingrat) !

J’ai eu certes de la chance de tomber sur le libéralisme ouvert de Copeau et Catallaxia.org, sur un liberaux.org apaisé quoique viril et intellectuellement exigeant14, plutôt que sur quelques conservateurs décadentistes grincheux et parfois nauséabonds qui m’auraient alors fait fuir. Certes nous avons des débats par moment houleux, des divergences profondes sur le fond et la forme, nos ayatollahs de la liberté, nos drôlatiques, nos doutes et nos contradictions, mais nous ne voulons pas le pouvoir, nous ne sommes pas obligés de nous entendre, nulles alliances hypocrites à nouer pour se partager le butin, rien que le droit d’être soi-même et de défendre ses idées sans empiéter sur la vie des autres.

Jospin battu… En 2002, quand Jospin quittait la vie politique, battu dès le premier tour de l’élection présidentielle française, j’étais déjà loin de tout ceci. Moi, j’avais voté Madelin15 et le second ne m’intéressait pas, Le Pen ou pas. L’apocalypse n’a pas eu lieu, les affaires ont continué, Démocratie libérale s’est perdue dans la droite, la terre s’est réchauffée, Bockel est passé ministre sous Sarkozy (puis secrétaire d’Etat sous SarkoBongo), et plus chanceux que lui, j’ai fait avancer ma vie loin de toute mission historico-fraterno-citoyenne,  j’ai continué et continue encore à explorer la richesse des pensées regroupées sous le nom d’école autrichienne16. Mon chemin avec la gauche est loin d’être terminé, même s’il n’est pas totalement visible, et je sais que les gens de bonne volonté ne sont pas fatalement conduit à rejouer sans cesse dans la tragédie de leurs illusions déçues ; il y a une troisième voie entre Charybde et Scylla17, elle mène au socialisme bien compris18 : le libéralisme.  On est plusieurs à avoir compris ça, et ça fait vachement de bien de s’en être sorti !

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  1. Et ceci ne revient pas à dire, que le libéralisme n’a pas d’ennemis valeureux, que quiconque réfléchit un peu finit par devenir libéral. Seulement que tout le monde n’est pas Carl Schmitt, De Maistre, Hobbes et j’en passe… []
  2. Ministre et porte-parole du gouvernement []
  3. C’était autre chose que la petite tentative terminologique de Delanoë en 2008 ! []
  4. Rappelez-vous, c’était avant sa volte-face noniste, monsieur était l’aile droite du PS  ! []
  5. Qui s’occupait alors de questions de string et autres balivernes, à l’ombre de Claude Allègre, bien avant que les sondages médiatiques ne propulsent candidate cette bulle déjà éclatée… []
  6. Je ne me sentais déjà plus « français » à l’époque, et si j’avais renoncé à voter pour l’Europe des régions de Cohn-Bendit qui me semblait bien plus cohérente que le social-nationalisme du Parti à la rose, il fallait au moins qu’on me promette des contreparties []
  7. Christine Boutin était alors leur étendard, avec notamment un discours de 5 heures consécutives à l’Assemblée nationale pour retarder la majorité et quelques pleurs quand Lionel Jospin avait dit d’elle qu’elle avait été « outrancière ». Minette… []
  8. Mais les hommes étaient en tort, ils devaient payer ! []
  9. Mon aversion pour toute forme de générosité « gratuite », donc un certain plaisir à retrouver la pensée de Ayn Rand sur ce sujet, vient sans doute d’en avoir vu le visage le plus méprisable. []
  10. Chaque petite élection locale devenait une procédure houleuse où « gauche socialiste » et courant majoritaire s’affrontaient à la limite du licite, se menaçaient, pneus crevés pas ici, voiture vandalisée par là, menace planant au dessus de nos têtes et toujours présente en un coin. Il s’agissait ici de quoi ? D’assurer une carrière au président du mouvement – ça a plutôt réussi à Benoit Hamon -, d’avoir quelques places symboliques sur des listes régionales ou municipales, de se faire plaisir pour les non-carriéristes : les dindons de la farce. []
  11. Hasard de l’histoire ça aurait pu être Milton Friedman et l’Ecole de Chicago, mais j’entrai dans le libéralisme par la porte de l’école autrichienne, sans le savoir – bonne pioche ! []
  12. Dialectique un peu rapide peut-être mais qu’on peut résumer par l’idée que l’Enfer est pavée de bonnes intentions, et qu’à ne pas se préoccuper de social on laisse se développer un ordre bien plus efficace que tous ceux que produisent ceux qui s’essayent au volontarisme politique contreproductif. L’idée est contre-intuitive ; la meilleure façon de l’approcher est de regarder les résultats et bilans du politique et comment fonctionnent les marchés… Certains diront que tout ceci n’est qu’affabulation sectaire, qu’ils lisent et observent sans œillères, qu’ils suspendent un moment leur grille de lecture et essayent de voir accompagnés par le paradigme du marché… []
  13. Il suffi(sai)t de voir la teneur de leurs tractations au niveau européen dont ils se font pourtant les chantres – quand ils ne se défaussent pas de leurs lâchetés idéologiques sur le grand méchant Bruxelles). []
  14. Qu’est-ce que cela tranchait avec les quelques niaiseries bienpensantes qu’il suffisait de déblatérer chez les socialistes pour se faire accepter et applaudir, voire pour impressionner les filles pas très difficiles []
  15. La dernière fois que je votai jusqu’ici, d’ailleurs… []
  16. Mais je sais pourquoi je ne suis pas friedmanien, maintenant. []
  17. On n’a pas parlé de la droite, gardons ceux-là pour une autre fois, je suis de bonne humeur, ne gâchons pas tout… []
  18. Cf. l’idée du mot allemand aufhebung ; cf. Diagramme de Nolan []

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7 commentaires pour “Je n’ai pas trahi mon idéal socialiste en devenant libéral”

  1. Jesrad dit :

    Superbe texte, très profond et à la démarche claire… ça ressemble aussi un peu au parcours de mon économiste vivant préféré, Ronald Coase.

  2. G7H+ dit :

    Beau texte ! Nous sommes tellement nombreux à nous revendiquer libéraux suite à un hasard de la vie (toi une insulte, moi un site web) que je pense qu’il y en a 10 fois plus qui pensent confusément comme nous mais qui n’ont pas encore découvert leur cohérence dans notre famille de pensée.

  3. Tremendo dit :

    Très bon texte, il donne beaucoup de courage. C’est marrant, on a l’impression en lisant ton histoire comme celle de beaucoup sur liberaux.org sur la question, que le virage vers le libéralisme est comme un coming out, que nous sommes des gens qui avons passé beaucoup de temps à nous chercher, et que la philosophie libérale a été la seule à répondre à nos attentes.
    Je veux pas que cela paraisse une analogie entre libéralisme et secte bien sûr, ce serait mauvais pour notre combat, mais il y a une sorte de libération et un apaisement qui se dégage des histoires de beaucoup de gens au moment où ils découvrent le libéralisme, comme si on s’était senti marginalisé. Je ne fais qu’observer, j’utilise peut-être des mots un peu forts.

  4. Leleu dit :

    Ouah !!! Superbe texte !
    Tu as vraiment tout compris où plus libéralement, je suis entièrement d’accord avec tes conclusions. Pour la démarche, désolé, je n’ai jamais été de gauche. Même milieu, pas mêmes réactions.
    Sais-tu que les électeurs d’Alain Madelin, ses soutiens, ses « amis » (les vrais) vivent toujours ?

    Tu peux essayer Facebook (je n’y suis pas) ou son cabinet, Bd Latour Maubourg Paris 07.
    Je te laisse chercher le n° dans la rue, histoire de voir si tu es vraiment intéressé.
    Comme le dit G7H+, tu n’es pas seul. Nous sommes là et le libéralisme est l’avenir de l’Homme, même s’il doit arriver dans la société française par la gauche.

  5. tetatutelle dit :

    « Je veux pas que cela paraisse une analogie entre libéralisme et secte bien sûr, ce serait mauvais pour notre combat, mais il y a une sorte de libération et un apaisement qui se dégage des histoires de beaucoup de gens au moment où ils découvrent le libéralisme, comme si on s’était senti marginalisés. Je ne fais qu’observer, j’utilise peut-être des mots un peu forts. »

    Inutile de prendre tant de précautions, Tremendo : je suis exactement comme vous ! Mes ressentis ont été exactement ceux-ci dès que j’ai pris connaissance du site d’Alternative Libérale ……et c’est précisément ça qui m’a fait adhérer : ils m’ont fait littéralement « craquer » ! Force est de constater que certains libéraux (je ne dis pas « tous », reconnaissant qu’AL est quand même le parti « le plus original » de l’échiquier politique à mon sens, DL de Madelin n’était en rien comparable…..) sont professionnels dans l’art de « réveiller le désir », de « caresser le passionnel » et donc par là-même de « faire craquer » ! Evidemment, les collectivistes (et malheureusement aussi certains libéraux….) critiquent sévèrement cette méthode : moi j’adore ! Au moins AL a trouvé le moyen magique pour convaincre : qu’attendent les autres partis de la sphère politique pour en prendre de la graine ?! Leurs idées ne collent pas vraiment à la méthode ? Effectivement, je crois que c’est là le problème !

  6. La grande menzogna « L'antro dell'Apolide dit :

    [...] a chi ne è la vera fonte: l’individuo. Come è stato detto molto bene da altri, “non ho affatto tradito le mie idee socialiste diventando un liberale“. Tutti gli individui di buona volontà che vogliono veramente che l’individuo cresca [...]

  7. Danièle Schéré dit :

    Cette épiphanie, si sincèrement relatée, exprime votre compréhension de la quintessence de la pensée libérale, dans un parcours d’autant plus intéressant et touchant qu’il fut une démarche personnelle opiniâtre et « autodidacte ». En effet, l’aversion profonde que la France professe pour le libéralisme, pour des raisons historiques qu’il serait trop long à relater ici (lire Boudon et son Pourquoi les Français n’aiment pas le libéralisme ?) a banni du cursus scolaire hexagonal l’étude des auteurs majeurs de la pensée libérale. Elle était « de gauche », tout au long du 19ème siècle. La dimension sociale était alors consubstantielle au libéralisme. Or, combien de bacheliers ont-ils eu entre les mains ( je ne parle même pas de lire un livre entier) quelques passages de Tocqueville ou des écrits politiques de Benjamin Constant?

    En revanche, un socialiste aujourd’hui peut difficilement se dire libéral, sauf à renier l’idée force, le principe fondamental dans lequel s’ancre la pensée de gauche depuis un siècle: l’égalitarisme, une idéologie qui, à ce titre est la perversion de cette valeur républicaine qu’elle prétend défendre. « Funeste égalité » disait Condorcet, un des pères fondateurs, avec Constant, de la pensée libérale française et de ce cercle des « Idéologues » qui en fut le berceau et que Napoléon voua aux gémonies, n’acceptant pas leur indépendance d’esprit.
    Le voile de l’oubli a enseveli tout ce pan de notre patrimoine intellectuel et nous laisse orphelins… et cocus.

    Le socialisme libéral est aujourd’hui une contradiction dans les termes, ou un oxymore, comme disent les Français pédants qui oublient commodément qu’ils ont remis ce mot au goût du jour par le truchement de l’anglais.

    Un libéral conçoit la liberté sans autre limite que celle de l’Autre. Elle s’illustre dans la reconnaissance que, dans le tandem qu’elle forme avec l’égalité, la première doit pédaler en tête pour assurer « a fair measure of both », comme disait Milton Friedman. Faute de quoi, si l’égalité dicte la voie à suivre, et c’est cela le credo des dames patronnesses du PS en particulier et de la gauche en général, il n’y a ni égalité ni liberté, mais l’imposition d’une doxa, par définition liberticide.

    C’est pourquoi me semblent voués à l’échec les louables efforts de philosophes comme Monique Canto-Sperber, pour donner cohérence à une réflexion politique déboussolée en raccrochant le socialisme aux branches du libéralisme.
    De la Fable des abeilles à La Route de la servitude, comment ignorer qu’il faut préférer l’excès de vice à l’excès de vertu et fuir comme la peste les discours sanctimonieux de ceux qui s’affirment « holier than Thou »? Or, ceux-là sont légion à gauche.

    Dans la France illibérale, pardon pour ce pléonasme, les libéraux continuent à raser les murs, et n’ont pas intérêt à se dire de droite, dans le microcosme intellectuel, et surtout dans le monde enseignant, celui justement où le libéralisme est hélas toujours à l’Index et où le terme de « libéral » continue à être une insulte.

    La route de la dissonance cognitive, de la servitude et de l’aveuglement volontaires a encore de beaux jours devant elle en France et la lecture des manuels scolaires d’histoire et d’économie confirme cet état de fait ; elle est même à cet égard édifiante.

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