Finale de la Coupe de France : la séquestration de Sarkozy était légitime

Par Athénaïse de Fontenelle

Alors qu’on avait appris dans la matinée que Nicolas Sarkozy ne se rendrait pas au Stade de France pour la finale de Coupe de France de football, devant le tollé provoqué par la rupture d’une tradition républicaine vieille de plus de 50 ans  qui  fut ressenti comme du mépris par des bretons qui voyaient deux de leurs équipes s’affronter à l’occasion de ce match, deux communiqués laconiques – un de la FFF, l’autre de l’Elysée – nous apprenaient que le Président de la République occuperait bien sa place dans le stade. Certes, on sentait bien qu’il le faisait contraint et forcé par l’opinion publique, et que c’est résigné qu’il irait affronter le regard accusateur de milliers de spectateurs et de millions de téléspectateurs, le fixant après une infidélité qu’aucune réconciliation sur l’oreiller ne pourra éponger. C’est une très bonne chose, et il est temps de remettre les points sur les i de notre relique nationale.

Ainsi, cher Président de la République, représentant des français sur Terre, puisqu’en vos mains – ou celle de vos subalternes qui tous ensemble dirigez un Etat-Providence fort de plus de 5 millions de fonctionnaires1 -  nos vies reposent (en paix ?) du « berceau à la tombe », puisque vous et nous faisons partie d’une communauté en laquelle nous sommes tous fondus en un seul tout – la France -, il est de mon devoir de vous rappeler certaines de vos responsabilités.

En effet, après avoir docilement vendu votre vie aux médias, lors de vos démêlés amoureux vite remêlés à une belle mannequin qui a su en son temps rendre jaloux jusqu’à Silvio Berlusconi,  pour que nous puissions y participer un peu par procuration, il paraîtrait que vous revendiqueriez un droit à une vie privée ! Quelle honte !

Sachez que la patrie est comme un grand arbre dont nous sommes les infimes branches, et que nous ne pouvons quitter sous risque de mourir (la feuille peut-elle se passer de ses racines ?2 ). Si le collectivisme français, cette grande fraternité où chacun s’arroge le droit de goûter l’assiette de l’autre pour voir s’il a raison de manger, s’il faut lui rajouter un peu de sel, s’il n’est pas juste d’en prélever une partie (« justice sociale » oblige), s’il faut qu’il bouge un peu après, et où l’on met au vote la part légale d’empiètement des uns sur les autres, n’est-il pas normal que ce qui nous lie à vous soit aussi ce qui vous lie à nous ? Sonnons l’hallali contre la lie libérale qui nous spolie du lien social avec leur individualisme délirant ! Vous êtes donc à la tête de ce tout en fusion, ne vous payez pas la nôtre !

Soyez plutôt digne de votre mission, M. Sarkozy : vous êtes notre guide, notre horizon, la lumière qui brille dans le phare universel qu’est notre nation. Quand vous parlez c’est au nom de la France, en notre nom, pour nous, vous êtes notre voix3. N’est-il pas juste que nous ayons un droit de regard, sur ce que vous dites et faites ?

Quand onze individus réussissent à marquer un but, il suffit qu’ils aient le maillot de la sélection nationale pour que nous ayons gagnés aussi, que nous puissions être fiers de nous, que nous vibrions de joie. Quand un chercheur a eu le mérite de faire avancer la science dans un lopin de terre qui « appartient » à la France (fût-il financé par elle ou non, d’ailleurs), c’est un peu nous qui avons trouvé, et vous les honorerez en notre nom. Quand un artiste qui possède dans sa poche la fameuse carte d’identité que nous n’accordons pas à tous, se distingue, c’est tout le pays qui s’enorgueillit, et vous lui remettrez une distinction honorifique rouge en notre nom à tous, pour la gloire qu’il nous aura donné à tous. Quand une entreprise délocalise dans un autre pays, nous trahissant alors que nous lui avions gentiment permis d’embaucher certains de nos compatriotes, nous tous nous sentons abandonnés, blessés, trompés. Quand vous êtes touché, c’est nous qui sentons les blessures, tout comme vous êtes là sur les lieux pour nous accompagner dans nos deuils et nos misères. Quand vous picolez, c’est nous qui sommes rouges, et quand vous décidez c’est nous qui payons : l’équité veut que vous payez aussi un peu de votre personne quand nous le désirons. Sinon gare à vous que l’on se lasse de votre présence pour d’autres. Ne l’oubliez pas…

Alors, si nous sommes tous ensemble unis, si nous sommes à vous, n’est-il pas normal que vous nous apparteniez aussi ? Ainsi nous avons enfin déniché ce vieux fantôme que recherchaient désespérément tous les braves penseurs républicains : la chose publique, la voûte mystique de la froide bureaucratie, la quinte essence dialectique en qui se résout toutes les contradictions intrinsèques du jeu politique, c’est vous. Vous n’êtes pas seulement le chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean de Latran au nom de la France, vous êtes aussi le saint patron des ouailles qui vous ont élu.

Vous l’avez même voulu, vous vous êtes battu toutes ces années pour ça, vous avez marché sur les tristes cadavres de vos adversaires politiques pour ça : être un gigolo grandiloquent. Merci de bien vouloir nous en donner pour notre argent…

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  1. A 10% près… (!) []
  2. Cf. Le Criton de Platon []
  3. Quand vous n’avez pas quelques ombres qui essayent de vous voler la vedette. []

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